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Liste d'attente offerte aux orthophonistes.

MonPsy : 99,02% de la population n’y aura pas accès selon l’association M3P

Illustration d'article avis sur le dispositif MonPsy

MonPsy : 99,02% de la population n’y aura pas accès selon l’association M3P

Illustration d'article avis sur le dispositif MonPsy

Sommaire

Temps de lecture : 19 minutes

« La pandémie a révélé l’importance du sujet de la santé mentale », avait déclaré le chef de l’Etat, appelant à mettre plus de moyens dans ce secteur. Cela faisait des années que la profession demandait un remboursement et elle l’a eu. Instauré en avril 2022, MonPsy a pour vocation de faciliter l’accès au soin en proposant 8 séances auprès d’un psychologue par an, « pour tous ». Pour autant, 6 mois après son lancement, 94% de la profession refusent toujours d’adhérer au dispositif. Le 29 septembre 2022 se tenait une manifestation nationale des psychologues de toutes spécialités à l’encontre, entre autres, du dispositif MonPsy. Pourquoi ?

Nous avons rencontré Audrey Prosper, psychologue clinicienne, psychothérapeute et membre du Conseil d’Administration de l’association M3P, association des psychologues cliniciens et des psychologues psychothérapeutes. Sous un angle inédit, elle nous dévoile la face immergée de l’iceberg: ce dispositif est dangereux pour les patients, dangereux pour la profession”. Avec énergie et bienveillance, ces psychologues engagés regrettent que MonPsy ait vu le jour sans  consultation de la profession. Audrey Prosper nous explique dans cet article l’objet de leur lutte pour la défense de la profession et d’une prise en soins psychiques de qualité. Aujourd’hui, l’association M3P fait partie de la Convergence des Psychologues en Lutte, un mouvement rassemblant 40 organismes et collectifs de psychologues.

Sommaire

Ce dossier s’adresse tant aux psychologues qu’aux patients, désireux de saisir en détail les enjeux de ce dispositif.

Pour rappel, le dispositif MonPsy c’est : 

  • 8 séances remboursées par an, à hauteur de 60% par la Sécurité Sociale (CPAM ) et 40 % par la complémentaire santé ou la mutuelle, renouvelable l’année suivante
  • Uniquement auprès d’un psychologue conventionné dans le cadre de ce dispositif
  • Pour les patients répondant aux critères d’inclusion « troubles légers à modérés » uniquement
  • Pour tous, à partir de 3 ans et sur « lettre d’adressage” du médecin (voir FAQ)
  • 40€ la première séance, 30€ les 7 autres, sans dépassement d’honoraires possible

Le patient en souffrance va voir son médecin généraliste qui, après « évaluation », lui accorde un « adressage »  vers un psychologue conventionné si et seulement si ses difficultés rentrent dans les critères d’inclusion : les troubles dits « légers à modérés ». La première consultation coûte 40€ et fait office de « bilan » . Le psychologue produit ensuite un rapport au médecin adresseur. Démarrent alors les séances de suivi (7 maximum) au tarif de 30€ chacune. Aucune de ces 8 consultations ne peut faire l’objet d’un dépassement d’honoraires. A la fin du suivi, deux options : soit le patient va significativement mieux, soit le patient retourne voir le médecin qui le renverra vers un médecin psychiatre (source: gouv.fr).

Un dispositif pour tous, vraiment pour tous ?

Face aux besoins croissants, entre autres liés à la crise sanitaire, le dispositif MonPsy a pour ambition de « permettre un accès aux soins en santé mentale plus large, plus adapté et plus équitable »  (source : gouv.fr)

Après une entrée en vigueur en avril dernier et 6 mois de recul, le dispositif ne semble en réalité pas si accessible que ça.

Des “critères d’inclusion” ambigus et trop restrictifs

Le dispositif s’adresse à une patientèle aux troubles « légers à modérés ». Le paradoxe, c’est que « sur le plan clinique, ces termes ne veulent rien dire » nous confie Audrey Prosper. D’autant que la sévérité des symptômes n’est en amont pas définie par le psychologue mais par un médecin, (entre autres, généraliste) qui n’est pas un professionnel de la santé mentale. Tout de même, le dispositif met à disposition des référentiels (PHQ9, GAD7, CUDIT, AUDIT, Fagerström) visant à faciliter la distinction entre léger, modéré et sévère. Malgré tout, les limites du dispositif restent un peu floues et arbitraires. Une confusion qui se répercute massivement sur les patients, qui croient, à tort, qu’ils peuvent bénéficier de remboursement quel que soit le psychologue.

Les symptômes ou pathologies « sévères » sont donc exclus de MonPsy. Le site gouv.fr fournit une longue liste de ces troubles non pris en charge : 

  • Vous ne pourrez pas bénéficier du dispositif MonPsySanté si vous souffrez d’un burn-out, d’une dépression chronique, d’un deuil compliqué, de trouble anxieux généralisé, de TOCS, de troubles du comportement alimentaire, d’addictions, de troubles cognitifs, d’une maladie neurodégénérative, de troubles autistiques, de troubles de stress post-traumatique, si vous prenez un traitement un anxiolytique, antidépresseur ou un somnifère depuis plus de trois mois, si vous avez été admis en hôpital psychiatrique dans les trois dernières années ou si vous êtes en arrêt maladie depuis plus de six mois pour motifs psychologiques.
  • Votre enfant de plus de trois ans, en sera également exclu dans les mêmes conditions mais également s’il rencontre les difficultés suivantes : trouble de l’oralité, dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, angoisse de séparation, questionnement identitaire et de genre, automutilations, inhibition sociale, troubles du langage, TDAH ou encore harcèlement scolaire. Les listes ne pouvant bien sûr pas être exhaustives.


Tous ces troubles, nombreux, génèrent une souffrance relevant du champ de la psychologie clinique, neuropsychologique, certains d’entre eux s’inscrivent dans la sphère neuro-développementale ou encore dans la nosographie psychopathologique ou psychiatrique. Cela se sait peu mais
le champ de la psychiatrie est bel et bien une expertise du psychologue, et pas des moindres. Selon Lionel Camalet, co-dirigeant de l’association M3P « les critères de non-inclusion excluent la majorité des patients en demande que nous rencontrons en cabinet ». Exclure les champs de la psychiatrie de l’expertise du psychologue, c’est « affaiblir la profession en réduisant l’activité des psychologues au seul accompagnement psychologique, mais également contribuer à l’engorgement des salles d’attente en psychiatrie » confirme Audrey Prosper.

Seulement 0,98% de la population aura accès à MonPsy en 2023

Les critères d’inclusion sont donc bien restrictifs. Maintenant, que se passerait-il si tous les Français étaient éligibles et souhaitaient prendre rendez-vous sur un an, le temps de 8 consultations ? Cela serait impossible. Explications:

Le gouvernement a alloué une enveloppe budgétaire de 100 millions d’euros au dispositif MonPsy pour 2023 (source: gouv.fr). Or 8 séances par an coûtent 250€, dont 100€ (40%) sont pris en charge par les mutuelles. Il reste donc une somme de 150 euros financée par la CPAM (et donc par l’enveloppe budgétaire). 100M€  / 150 = 666 666 personnes maximum à pouvoir bénéficier du dispositif soit 0,98% de la population française en 2023. Pour 2024, 1,67% de la population pourra prétendre à un remboursement de ses séances chez le psychologue conventionné (budget de 170 millions d’euros annoncé sur le site gouv.fr). NB: Ces chiffres traduisent une estimation « haute », dans la mesure où ne sont pas considérés ici les frais logistiques entourant le fonctionnement du dispositif.

Alors bien sûr, il s’agit là d’une situation fictive: tout le monde ne demandera probablement pas à consulter un psychologue simultanément. Ce qu’il faut retenir, c’est que contrairement à ce qui est annoncé, le dispositif MonPsy n’est pas pour tous. Il est même très élitiste compte-tenu des  99,02% de Français qui n’y auront pas accès en 2023, 98,33% en 2024. Or, Selon l’enquête CoviPrev de Santé Publique France 2022, près de 12 millions de Français souffrent de diverses affections et pathologies mentales (incluant anxiété et dépression). Cela équivaut à 17,7% de la population, soit un chiffre bien supérieur à l’offre actuelle du conventionnement MonPsy.

A ce jour, 1900 psychologues sont rattachés au dispositif. Ce chiffre annoncé ne prend pas en compte les praticiens dé-conventionnés depuis. S’ajoute à cela le revers du Covid-19, à savoir des délais d’attente record pour consulter un psychologue, allant de quelques semaines à plusieurs mois selon les secteurs. Matthieu Collet du SNP (Syndicat National des Psychologues) parle poétiquement “d’une goutte d’eau dans un océan de besoins« . 

Le risque “dramatique” de la rupture de soin

Avant l’entrée en vigueur du dispositif MonPsy, les personnes qui n’avaient pas les moyens financiers de consulter un psychologue en libéral n’avaient pas d’autres choix que de se tourner vers le service public, avec parfois jusqu’à 2 années d’attente selon les régions. Aujourd’hui cet accès au libéral est proposé et présenté comme une avancée majeure. Mais si l’idée de faciliter cet accès au soins psychiques en libéral était effectivement attendue par la profession, les conditions proposées sont jugées, elles, inadaptées. Le nombre de séances par an jugé dérisoire, voire dangereux : « c’est 3h30 par an pour aller mieux » peut-on lire sur les infographies de l’association M3P.

Et pour cause : « Il est totalement impossible de déterminer à l’avance combien de temps durera un suivi, le nombre peut varier énormément puisqu’il s’agit d’une pratique clinique, donc au cas par cas. Le psychologue travaille avec la dimension humaine, avec, par et pour le patient, en considérant sa temporalité psychique, en considérant ce qu’il se joue et se rejoue dans la dynamique instaurée », nous rappelle Audrey Prosper. En sommes, construire la relation patient praticien si nécessaire au mieux-être peut demander du temps, qu’il faut savoir prendre.  

Or, à la fin des 8 séances, si le patient souhaite poursuivre son suivi, il devra lui-même prendre en charge le financement de ses consultations. Qu’en est-il alors des patients qui n’ont pas les moyens de poursuivre ? Se pose ici le risque d’exposer le patient à la rupture de soin. 

 

« Qu’en est-il, alors, des patients qui n’ont pas les moyens de poursuivre ? » 

Un arrêt prématuré ou brutal de soin peut avoir des conséquences dramatiques. « Lorsque l’on ouvre des portes, il faut pouvoir contenir ce qui en jaillit, les patients viennent chercher un espace d’élaboration et de sécurité et le praticien doit s’en porter garant ». Cette rupture peut en effet entraîner une détresse soudaine, ou encore un puissant sentiment d’abandon. Selon la psychologue, la mise en péril de l’équilibre psychique de par cet arrêt de soin est l’un des plus gros risques de ce système de conventionnement. 

 
« Derrière un symptôme en apparence léger peut se cacher une problématique bien plus profonde  »  


Comme l’illustrait précédemment la psychologue, une classification des troubles de « légers à modérés » est un non sens dans la mesure où « derrière un symptôme en apparence léger peut se cacher une problématique bien plus profonde, douloureuse et complexe »

Prenons l’exemple  d’un patient qui viendrait consulter un psychologue pour des difficultés d’endormissement, symptôme évalué « léger » et entrant dans le cadre des critères d’inclusion du dispositif MonPsy. Que se passerait-il pour lui si, au cours de la prise en soin, ce patient évoquait des symptômes supplémentaires, tels que des flashs ou des cauchemars ? Que se passerait-il si, dans les dernières consultations, ce même patient évoquait un abus sexuel durant l’enfance révélant un lourd traumatisme ? Que reste-t-il au psychologue pour accompagner son patient ? Devra-t-il le laisser repartir en lui indiquant de renouveler sa prise en charge pour l’année prochaine auprès de son médecin … ? En sommes, la rupture de soin peut-elle faire plus de mal que l’absence de soin ?

Il s’agit là d’un paradoxe rapporté par les psychologues au sujet du pré-diagnostic et de l’échelle de sévérité, car le soin est évolutif. Ici, non seulement le motif de prise en charge n’est plus léger, mais le patient sera seul pour y faire face (du moins un certain temps).  Le dispositif est renouvelable, mais pour l’heure, difficile de compter dessus. Le renouvellement du forfait de 8 séances n’est possible que l’année suivante, sur nouvel adressage du médecin.Pour l’association M3P, ce cas d’usage contraint le praticien a un manquement déontologique et éthique. Le suivi de 8 séances est jugé trop court, et l’intervention d’un médecin généraliste dans le parcours de soins inutile, voire inadapté.

Que se passe-t-il alors ? Les patients qui ne constateraient pas d’amélioration de leur état ou en danger immédiat (idée suicidaire, dépression lourde) se verraient redirigés vers un psychiatre, par le médecin à l’initiative de l’adressage. Cependant, le problème reste le même : l’attente excessive dans les zones les plus sous-dotées met en péril le suivi du patient. Il rentre alors dans “un autre tunnel d’errance administrative, une autre attente insoutenablemêlées d’appels au 3114 pour patienter (service d’écoute dédié).

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Un dispositif “dangereux”, tant pour le patient que pour la profession

La profession, en manifestation ce jeudi 29 septembre, dénonce une atteinte à son intégrité, à sa déontologie et à ses valeurs humaines. “Pensé sur une logique administrative CPAM très protocolaire », MonPsy ne tient pas compte de la dimension subjective, relationnelle, humaine, temporelle et thérapeutique du métier de psychologue. D’où la nécessité pour les psychologues d’être entendus par le gouvernement pour faire évoluer favorablement l’outil.

Voici la liste des éléments reprochés au dispositif MonPsy. Nous avons séparé les impacts des patients de ceux sur la profession par souci de clarté, mais il est à noter que l’un ne va pas sans l’autre.

[ ] QUELS IMPACTS DU DISPOSITIF ‘MONPSY’ SUR LES PATIENTS ?

 

Un nombre de séances insuffisant

Nous avons évoqué plus haut les risques potentiels liés à la rupture de soin, dû à un nombre si restreint de séances prises en charge. L’association dénonce à haute voix l’argument du “mieux que rien”. Selon la clinicienne, se soulève ici « un aspect maltraitant dans la configuration du dispositif qui signe une franche méconnaissance du métier de psychologue, de son utilité et de ce qui en fait son essence ».

 

Un temps de séance insuffisant

De par la tarification imposée, il est à craindre que les consultations effectuées dans le cadre du dispositif soient réduites à une durée de moins de 30 minutes. En comptant le temps d’accueil, d’installation, de reprise de rendez-vous et de règlement, le temps réel consacré à la « séance » n’excéderait pas 15 minutes selon le M3P. 

 

Un parcours de soin alourdi

Le “parcours du patient a tout du parcours du combattant » selon Lionel Camalet co-dirigeant de l’association M3P.  Certains patients n’ont pas accès rapidement à un généraliste du fait de la désertification médicale dans certaines zones, rurales ou non, sous-dotées. Il existe également un risque d’assister à une sur-saturation des demandes de consultations “adressage-MonPsy” chez les médecins généralistes, déjà débordés. Cette attente supplémentaire potentielle est d’autant plus contraignante pour une personne qui va déjà mal. 

La plupart du temps, les patients connaissent mal le dispositif, et pour cause : le site officiel explique brièvement la procédure d’inscription mais reste très évasif sur les modalités d’application pour les patients. Ces derniers pensent pour beaucoup que tous les psychologues font partie du dispositif, mais ce n’est pas le cas. Cela génère un afflux de demande pour le praticien, alors contraint d’expliquer, tour à tour, qu’il ne fait pas partie du dispositif (solutionnez cela avec l’outil de liste d’attente de Docorga ; poursuivez votre lecture 🙂 ). 

 

Une perte du libre choix du praticien par le patient 

La “lettre d’adressage” obligatoire pourrait constituer une menace au libre choix du praticien par le patient (article L1110-8 du CSP). L’accès direct et libre du patient au praticien de son choix est un des points majeurs mentionnés dans le Code de Déontologie des psychologues. Si le choix du praticien n’est pas possible dans le cadre d’une prise en charge en institution tant dans le secteur public que privé, il l’est dans le champ libéral et la profession lutte pour maintenir cette condition. 

 

Un désengagement des mutuelles

Certaines mutuelles, depuis des années, proposent une participation financière pour des consultations auprès de psychologues, selon modalités prévues dans le cadre du contrat signé lors de l’adhésion. Utilisant l’argument de leur participation au financement du dispositif MonPsy, certaines de ces mutuelles ont pris la décision de ne pas poursuivre leur engagement, laissant ainsi injustement les patients exclus du dispositif sans aide financière.

 

Un accroissement des inégalités pour la population

Tant sur le plan territorial que sur le plan de la qualité des soins avec l’émergence d’une prise en charge à deux vitesses : les patients qui auront les moyens financiers pourront bénéficier d’une qualité sécurisante de prise en charge, alors que d’autres ne pourront prétendre qu’à un accompagnement psychologique. La profession ne voit pas en ce dispositif une réelle solution et s’en inquiète. « Même si certains patients pourront obtenir des bénéfices, selon leur problématique, à spectre plus large nous redoutons de constater que, dans le meilleur des cas, il n’y aura pas d’évolution et d’amélioration, et que dans le pire, nous assisterons peut-être même à une aggravation de l’état de certains patients ».

 

 

 

[ ] QUELS IMPACTS DU DISPOSITIF ‘MONPSY’ SUR LES PSYCHOLOGUES ?

Déshumanisation

Audrey Prosper témoigne : « on a plus l’impression de recevoir des « patients numéro de Sécurité Sociale » que des humains en demande de soins. La dimension humaine prend du temps certes, mais elle ne peut pas être extraite de la prise en charge ni de l’accompagnement psychothérapeutique car elle en est indissociable.

 

Réduction de la pratique

Le M3P œuvre pour la reconnaissance de la diversité des pratiques du métier, considérant la complexité du psychisme humain. L’exclusion des troubles psychiatriques du champ de compétences des psychologues, entre autres, “réduit le métier à l’accompagnement psychologique.” Le risque étant également pour le professionnel une perte de son autonomie et de son cadre, en appliquant des protocoles standardisés et homogénéisés pour tous les patients. Les professionnels de terrain ont besoin de cette autonomie pour s’adapter et adapter leur pratique en fonction des besoins de chaque patient, individuellement.

Sur le plan déontologique, notons également que le psychologue, au-delà de la perte d’accès libre et direct, se voit contraint de remettre en question sa tenue au secret professionnel. En effet, dans le cadre du dispositif MonPsy, le psychologue est tenu d’établir un compte-rendu de suivi à destination du médecin.

 

Précarisation et ubérisation de la profession

30€ par séance, c’est 2 fois moins qu’une séance actuelle chez un psy (source: psychologue.net). Les psychologues rappellent que leur activité libérale est soumise à approximativement 60% de charges à déduire sur le prix d’une consultation. La cadence journalière augmente pour un salaire qui, lui, n’a pas été revalorisé depuis 30 ans. D’autant que le cadre légal du dispositif MonPsy interdit tout dépassement d’honoraires et prévoit des sanctions pour les psychologues conventionnés transgressant cette loi (Sous-section 4- Sanctions- du Décret n° 2022-195 du 17 février 2022 relatif à la prise en charge des séances d’accompagnement réalisées par un psychologue). Enfin, à force de soins inefficaces, le M3P redoute une migration du public vers d’autres types de « thérapeutes » non formés à la psychologie clinique ou aux psychothérapies.

 

Paramédicalisation et mise sous tutelle

L’association M3P lutte contre toute tentative de subordination médicale, pour préserver leur qualification, l’intégrité et l’indépendance de la profession. Les psychologues cliniciens qui refusent le dispositif en l’état dénoncent une “paramédicalisationde la profession, c’est-à-dire une dépendance vis-à-vis du corps médical. Psychologue n’est ni une profession médicale, ni une profession paramédicale ou auxiliaire. La profession n’est, à ce jour, pas une profession de santé inscrite en tant que telle dans le Code de la santé publique. Pour autant le psychologue, notamment clinicien, est un professionnel du fonctionnement et du soin psychique et de la santé mentale. Il est un professionnel des sciences humaines et sociales, rattaché non pas au Ministère des Solidarités et de la Santé mais au Ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. 

Faire du métier de psychologue une profession paramédicale

Si certains perçoivent dans l’émergence du dispositif MonPsy une forme de reconnaissance de la profession comme annoncé par plusieurs grandes figures politiques, il ne s’agit pas juste là d’une question de remboursement. La majorité des psychologues pense que ce conventionnement modifie les valeurs et fondements intrinsèques de la profession, au point de lui faire changer de nature. En l’occurrence, il est question de faire du psychologue un professionnel paramédical, et donc un professionnel de santé régi par le Code de la santé publique. Qu’est-ce que cela implique ? Le M3P voit l’intégration du médecin généraliste dans le parcours de soins comme une mise sous tutelle et une entrave à la liberté d’exercice du psychologue, comme un “rapprochement qui  n’a pas de sens. L’adressage est perçu comme une “prescription déguisée”, une simple variante sémantique qui camoufle en réalité une entrée dans ce code.  

La maladresse de Doctolib : “la goutte d’eau” ?

Doctolib a beaucoup fait parler pendant la pandémie, au sujet du système MonPsy. Sa prise de partie pour le dispositif a été jugée brutale, ce qui a provoqué la colère de nombreux psychologues. En octobre 2021, les psychologues ont eu la surprise de voir apparaître les tarifs MonPsy par défaut sur leur page praticien. Nombre de praticiens contre le dispositif l’ont alors fait savoir dans la “bio” de leur page praticien. Coup du sort, ces messages ont par la suite été supprimés par Doctolib, ce qui a inévitablement renforcé la frustration de ces praticiens.

Alors pourquoi, malgré tout, 1900 psychologues ont-ils accepté le conventionnement MonPsy?

Sans prendre en compte les dé-conventionnements, 1900 psychologues ont adhéré au dispositif soit environ 6% des libéraux. Un chiffre bas, que les arguments ci-dessus expliquent. Toutefois, il est nécessaire de comprendre les intérêts qui ont attiré ceux qui y ont souscrit.  Le principal argument donné est le fait de permettre une consultation psychologique à des gens qui n’en n’ont habituellement pas les moyens. La visibilité qu’accorde le conventionnement au métier de psychologue contribue aussi à déstigmatiser la pratique. En effet, aller voir un psychologue est encore et pour beaucoup tabou en France. Ensuite, rappelons que le dispositif est, actuellement, modulable. Le praticien choisit le temps qu’il consacre au dispositif. En ce sens, MonPsy peut servir de système “anti-trou” dans l’agenda. Du fait du caractère très court des séances, certaines peuvent se caler facilement sur des créneaux vacants, ou en cas de désistement. Enfin, nombre de praticiens y  voient une porte d’entrée dans la profession. C’est un moyen de démarrer son activité en libéral, de développer sa patientèle, sans nécessairement souscrire à Doctolib. En effet, Doctolib est efficace mais très coûteux en début d’activité (139€/ mois). MonPsy séduit ainsi.

La profession reconnaît la pertinence d’une démarche de remboursement des consultations auprès d’un psychologue, c’est à souligner. Une tribune des Psychologues pour LeMonde en avril 2022 résumait bien les choses : « Beaucoup de psychologues sont favorables à un dispositif de remboursement des séances au nom d’une égalité d’accès aux soins psychiques (…) Pour autant, le dispositif MonPsy est inacceptable et dangereux pour nous comme pour nos futurs patients ». Mais selon d’autres modalités. Nous manquons actuellement de chiffres, de statistiques sur la réussite du dispositif. Vous pouvez consulter les informations dors et déjà communiquées en cliquant sur le lien bleu. La première évaluation du dispositif “officielle” est prévue pour 2024 (source gouv.fr). La profession sera t-elle entendue avant cette date ? L’association M3P, tout comme les organismes et collectifs de psychologues qui luttent aujourd’hui activement, demande au gouvernement d’entendre les revendications de la profession. Des revendications qui commencent à faire écho au devant de la scène : le 20 septembre 2022, la député Graziella Melchior juge le dispositif MonPsy “inopérant” lors d’un écrit au Journal Officiel. Elle y demande au Ministre de la santé et de la prévention si le Gouvernement entend « améliorer les modalités d’accès aux séances de psychologue remboursées par l’assurance maladie afin d’améliorer la prise en charge des patients ». Une affaire à suivre donc…

L ’association M3P demande une suppression du dispositif MonPsy en l’état. Elle souhaite que la reconstruction de l’outil se fasse en concertation avec les professionnels de terrain, de façon à créer un dispositif efficace et sécurisant tant pour la population bénéficiaire que pour la profession. Mais il ne faut pas non plus oublier le service public, en “souffrance terrible”.  Dans l’urgence, l’investissement dans le service public est une priorité selon Audrey Prosper.

 

 

Investir dans le service public est “primordial”

Audrey Prosper insiste sur le fait que MonPsy “n’invente pasla prise en charge financière des soins psychologiques. Les structures médico-psychologiques (CMP, CMPP, CAMSP, CATTP,  unités de soins somatiques etc…) permettent déjà des consultations, sans avance de frais, par un service compétent. Seulement aujourd’hui, ces services sont peu financés et sont saturés de demandes. Les chiffres de l’ARS avancent un temps d’attente moyen de 21 jours pour un adulte et 116 jours pour les enfants! A cela s’ajoute la rémunération peu attractive des psychologues cliniciens salariés après 5 années d’études. Tandis que la demande augmente (notamment du fait de la crise du Covid), l’offre baisse. On assiste donc à “une extinction d’un service public » qui, pourtant, a aussi le mérite de faciliter l’accès au soin. 

Et cela à des conséquences : “on observe une bascule du poids de l’engorgement du service public sur les libéraux, à qui on demande désormais d’absorber la demande ingérable ».“C’est là qu’il faut investir en priorité” insiste Audrey Prosper, plutôt que de commencer par le libéral. L’association M3P souhaite donc faire entendre haut dans la hiérarchie gouvernementale l’intérêt de colmater l’hémorragie à sa source. Un tel investissement dans le public ferait-il, à terme, de l’ombre aux libéraux? Manifestement, la réponse serait non. Le besoin est tel que les psychologues installés en libéral continueront de recevoir de nombreuses demandes. Par ailleurs, si certains patients auront besoin, entre autres, du cadre et de l’aspect pluridisciplinaire proposé par le secteur public, d’autres préfèreront toujours un cadre libéral, avec notamment un choix du praticien et de la pratique, ou encore avec adaptabilité des horaires. 

Soulager la charge mentale des psychologues 

Vous passez un certain temps le soir à expliquer aux patients en provenance du dispositif MonPsy que vous n’en faites pas partie ? Votre agenda est saturé et ne vous permet plus d’assurer le suivi régulier de votre patientèle ? Vous enchaînez les rendez-vous non honorés et cherchez une solution à long terme ? Pour soulager les psychologues dans leur pratique libérale, Docorga a développé en 2020 la “liste d’attente”. Ce petit outil tout en un a pour vocation de vous faire gagner du temps sur diverses problématiques rencontrées en cabinet. En attendant une solution de conventionnement plus adapté à la demande générale de la profession, la liste d’attente pour psychologue vous permet :

  • de savoir en 1 clic si les patients proviennent du dispositif MonPsy
  • de reprendre le contrôle sur votre agenda
  • de baisser de 60% vos rendez-vous non honorés. Avec des rendez-vous programmés plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l’avance, le risque d’oubli est décuplé. 11,4% de rendez-vous programmés ne sont pas honorés (variation de 5 à 20%) selon l’ARS.

L’outil permet également aux patients qui n’osent pas aller voir un psychologue d’amorcer leur demande de prise en charge. En renseignant ces informations sur formulaire, le patient fait un premier pas, et vous, vous gagnez du temps. Cela ne déshumanise pas votre relation au patient : vous pouvez toujours et à tout moment le contacter, l’appeler pour des infos complémentaires. 

FAQ

La question nous revient souvent et elle est légitime car la différence est subtile.

La prescription est une ordonnance qui indique un motif, un nombre de séances, et un nom de praticien. 

L'adressage est plus “léger”: il indique un motif, parfois un nom de praticien mais pas de nombre de séances. Ex: merci de bien vouloir prendre en charge Mme X pour motif de dépression légère. Pour reprendre les mots du site gouv.fr : “C’est le psychologue conventionné qui, en accord avec le patient, propose le nombre de séances nécessaires (dans la limite d’ 1 entretien d’évaluation et 7 séances de suivi).”

Exemple de courrier d’adressage ici : Courrier_d_adressage.docx (live.com)

Il a existé une rumeur sur le fait que les jeunes psychologues refusant le conventionnement selon les modalités MonPsy se verraient dé-titularisés. Rassurez-vous, pour le moment ce n’est pas le cas.

Oui. Vous êtes libre, à ce jour, de décider du nombre de séances que vous consacrez au dispositif MonPsy et d’organiser le fonctionnement de votre cabinet. Vous pouvez continuer à exercer par ailleurs votre activité avec vos tarifs propres, hors du dispositif de remboursement.

Seuls les psychologues sont concernés par le dispositif. Il a été avancé par le gouvernement que la spécialité clinique (psychologues cliniciens) était au cœur du conventionnement. Il n'est pas encore à ce jour clairement établi si d'autres spécialités de la profession (psychologue du travail, psychologue EN, etc.) pourraient intégrer ce dispositif. Certaines conditions sont fixées pour l'acceptation du dossier.

Psychologue est une profession réglementée depuis 1985, son titre est protégé. Le psychologue est titulaire d'un Master 2 (équivalent DESS) ou d'un DEA de psychologie et peut justifier d'un stage professionnel de 500h minimum effectué lors de sa formation dans un établissement sanitaire, médico-social ou social. Le psychologue est autorisé à faire usage du Titre de Psychothérapeute (loi de 2004)

Le psychologue peut être  psychothérapeute, de par son autorisation à faire usage du titre. Mais la profession de « psychothérapeute » n’est pas concernée par le dispositif. Tout psychothérapeute n’est pas psychologue, le titre est aujourd’hui protégé, mais pas la pratique de la psychothérapie.

Aucun texte de loi, à ce jour, ne le stipule. Il s'agit d'une possibilité hypothétique envisagée et redoutée par la profession. Bien que le conventionnement ne puisse pas être imposé de manière obligatoire aux professions libérales (article R. 4127-53 du CSP).

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